LES CRIBLEUSES



QUELQUES PHOTOS DE CRIBLEUSES



C'était dans un vaste hangar, aux poutres noires de poussière envolée, aux grandes persiennes d'où soufflait un continuel courant d'air. Les berlines de houille arrivaient directement de la recette, étaient versées ensuite par des culbuteurs sur les trémies, de longues glissières de tôle; et, à droite et à gauche de ces dernières, les cribleuses, montées sur des gradins, armées de la pelle et du râteau, ramassaient les pierres, poussaient le charbon propre, qui tombait ensuite par des entonnoirs dans les wagons de la voie ferrée, établie sous le hangar.
Philomène Levaque se trouvait là, mince et pâle, d'une figure moutonnière de fille crachant le sang. La tête protégée d'un lambeau de laine bleue, les mains et les bras noirs jusqu'aux coudes, elle triait....
On les payait au panier, c'étaient des querelles sans cesse renaissantes. Les chignons volaient, les mains restaient marquées en noir sur les faces rouges.
Un surveillant accourait, les râteaux se remirent à fouiler le charbon. On n'apercevait plus, du haut en bas des trémies, que les dos ronds des femmes, acharnées à se disputer les pierres.

Emile Zola

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