LES VACANCES



Dans les années soixante à Sabatier, entre autres, les mineurs:

  • pouvaient disposer d'équipements pour s'initier au camping;
  • par tirage au sort il leur était offert un séjour de deux semaines au château Agecroft de Mandelieu;
  • dans les mêmes conditions, d'autres moins chanceux, étaient désignés pour un séjour à l'hôtel Régina de Berck.

Pour les enfants, les Houillères avaient ouvert des centres de vacances à:
  • Grandpré au château de la Noue le Coq dans les Ardennes,
  • Aux Sables d'Olonne,
  • La dune aux loups dans la Somme,
  • le château de Le Nouvion-en-Thiérache dans l'Aisne,
  • et d'autres dont je ne me souviens pas.
C'était l'occasion de sortir de notre étroit quotidien et de découvrir d'autres horizons, de se faire des copains et de participer à de nombreuses activités, encadrés par nos aînés mineurs, moniteurs diplômés pour la cause.



Pour les mineurs aller à Mandelieu c'était le "paradis" et, quelques-uns d'entre eux, s'y sont établis définitivement, fuyant leur univers de pluie et de froid sous le ciel bas du nord, trop souvent boudé du soleil.

Galibot



De La Napoule à Berck, les mineurs ont découvert la France.

Le Château Agecroft dominant la prestigieuse baie de Cannes, domaine des « gueules noires » du Nord-Pas-de-Calais.

Debout sur le ponton de son yacht, un riche émir observe, avec ses jumelles, l’activité des gens qui résident dans le château Agecroft, dans la baie de Cannes. Nous sommes en juin 1990 et cet homme n’est qu’un des nombreux spéculateurs qui aimeraient devenir propriétaires de cet endroit paradisiaque.
Mais voilà, il ne comprend pas ce que font là, tous ces gens à la peau pâle.
Et il se renseigne pour apprendre l’incroyable. Quoi, ce sont des mineurs de fond qui jouissent, de droit, de ce château accroché sur les flancs rougeoyants de l’Esterelle ? L’émir ne comprend pas et s’en va, sans avoir vraiment saisi ce que l’on venait de lui raconter…
Pauvre homme, les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais l’ont privé de ce petit caprice, mais ils vouent à cet endroit un véritable culte, et il faut entrer dans la machine à remonter le temps, pour tenter de comprendre.

Nous sommes en 1947 et Léon Delfosse, directeur général adjoint des HBNPC, responsable des services sociaux, accompagné d’une équipe, sillonne la Côte d’Azur dans le but de dénicher un endroit où les mineurs pourraient venir en vacances. Par hasard, il découvre le site du château d’Agecroft, édifié en 1918 par un riche écossais, Harry Leland de Lenglay. Ce notable, craignant qu’une nouvelle guerre ne vienne menacer sa tranquilité, mit en vente son domaine et partit pour les Etats-Unis.

La vie de château

Léon Delfosse contacta le comité d’entreprise qui donna son feu vert. C’est le début de la grande aventure des mineurs sur la Côte d’Azur.
Le premier contingent arrive au printemps 1947 et loge dans des petits « baraquements ». Après avoir traversé la France en train, les mineurs, fatigués, découvrent la merveilleuse côte d’Azur, encore vierge des agressions immobilières. Imaginez un peu le degré de stupéfaction de ces hommes, femmes et enfants qui n’avaient jusqu’alors connu que les corons.
Jusqu’en 1954, «les baraquements » furent les structures d’accueil, pendant que l’on transformait le château proprement dit en salle de restaurant et en créant des chambres à l’étage.
C’était l’époque de la splendeur des Houillères et du commerce de Mandelieu.
Toutes les deux semaines,des mineurs arrivaient avec l’envie de mordre à pleines dents dans le bonheur.
Des Ch’timis, employés par les HBNPC s’établirent à Mandelieu, pour travailler au château et le patois du Nord devint très vite la seconde langue de la région. .

Nécessaire mutation

Certains firent souche et le dernier recensement laisse apparaître que 28% des habitants de Mandelieu sont nés dans le Nord Pas-de-Calais.
Mais avec la récession, surtout au début des années 80, La Napoule ne faisait plus le plein et en 1984 fut décidé l’ouverture à tous, pour renflouer les caisses. De nombreux mineurs prirent ombrage de voir des « étrangers » dans leur château, mais il fallait faire tourner l’affaire. Afin de pérenniser cet acquis, on décida de la création de LVE (Loisirs, vacances, évasion) en 1987.
Association de type loi 1901, LVE, propose un catalogue de destinations très variées, mais avec La Napoule comme produit phare, avec tarif préférentiel aux mineurs. L’association est le second tour-opérateur sur Lille-Lesquin. Certes, il ya encore des travaux à faire, mais on compte beaucoup sur une éventuelle revente de 160 ha disponibles sur la commune de Théoule, pour achever l’opération.
Et puis, il a fallu prendre des décisions difficiles, en proposant un travail saisonnier au personnel, avec mise en place d’un plan social sur la base du volontariat. Le château sert aujourd’hui, en outre, à des séminaires, prouvant que l’adaptation a été réussie, tout en permettant aux mineurs d’y venir.

Quel avenir ?

Des interrogations subsistent avec la mort juridique des HBNPC, en juin 1992. Gilbert Trigano ferait une cour assidue pour s’en rendre propriétaire. Mais, pour l’instant, rien n’y fait. Certains souhaitent voir la Région prendre des responsabilités sur La Napoule, afin de donner une priorité à tous les gens du Nord.
Mais le patrimoine des Houillères, en matière de vacances, c’est aussi le fameux hôtel Régina, à Berck, où des dizaines de milliers de mineurs passèrent leurs vacances, c’est aussi des centres de colonies de vacances, comme La Dune aux Loups, dans la Somme, ou Varengeville et bien d’autres.
Des dizaines de milliers d’enfants de mineurs découvrirent la France avant leurs parents. Plusieurs de ces centres ont dejà été mis en vente. Mais La Napoule est un symbole et il paraît évident que le domaine ne doit pas échapper à la région qui a tant donné à la France.



Article extrait de la voix du Nord du 22 décembre 1990

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