LA COMPAGNIE DES MINES D'ANZIN





Bref historique : Azinium est une forme latine du mot germanique "asing" ou "asingen", dont l'origine proviendrait d'un nom d'homme "Aso" ou "Ase"Commune étroitement liée à Valenciennes et au charbon dont elle fut une capitale dès 1734 (24 juin 1734 découverte de la houille sous le Mont d'Anzin). La devise montre d'ailleurs cet attachement à la houille "Urit et Allit"(il brûle et nourrit). .,.
La ville a connu un essor formidable avec l'expansion de la mine et en a souffert avec le déclin de celle-ci. Petit village agricole de 200 âmes en 1734 on passe à 17000 habitants en 1970, Anzin n'en compte plus que 14000 aujourd'hui.
La grève des mineurs de 1884 a certainement inspiré Zola pour l'écriture de "Germinal".

La compagnie des mines d'Anzin est créée en 1757 par le vicomte Désandrouin et Jacques Mathieu. Elle est la plus ancienne des grandes mines du Nord, celle qui y a lancé l'exploitation de charbon. Comme l'écrit Émile Zola dans Germinal, "Les succès des concessionnaires qui devaient plus tard former la Compagnie d'Anzin avaient exalté toutes les têtes. Dans chaque commune, on sondait le sol ; et les sociétés se créaient et les concessions poussaient en une nuit".
Dès ses débuts, la société profite d'innovations puisque, vers la fin du 18e siècle, ses machines à vapeur lui permettent d'extraire du charbon à 200 mètres de profondeur. Selon le site Internet Cambacérès.fr, "En 1789, la société avec 27 puits, 12 machines à vapeur et 4000 ouvriers assure le tiers de la production française" de charbon. Dans la première moitié du XIXe siècle, la Compagnie d'Anzin est donc la plus grande société minière privée française.
La Révolution française entraîne des remises en cause du statut de la société qui emploie Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau (en 1791) puis Jean-Jacques-Régis de Cambacérès pour défendre ses intérêts. Elle donne lieu à une profonde modification de l'actionnariat. Les actifs des nobles émigrés (qui représentaient 14 sols sur un capital social de 24 sols, soient 58 % du capital) sont saisis, rachetés par Désandrouin, et revendus pour bonne part (11 sols, soient 46% du capital) "à un groupe de financiers issu de la Compagnie française des Indes orientales." (les familles Desprez, Lecouteulx, Périer, Sabatier, Bernier, Pourrat, Thieffries). Dés lors, "Grâce à l'appui financier de Sabatier, les Périer prennent progressivement le contrôle des Mines d'Anzin".
Anzin est "l'une des premières grandes sociétés industrielles de France". Elle va devenir un archétype de la société capitaliste.
Du côté du capital, ses grands actionnaires et dirigeants sont des grands noms du capitalisme français du XIXe siècle, étroitement imbriqués avec les milieux politiques libéraux-conservateurs. Comme l'explique un document sur le site Internet de l'Ecole normale supérieure, "La Compagnie des mines d’Anzin était représentative, en ce début de monarchie de Juillet, des liens nouveaux entre pouvoir économique et pouvoir politique : la Compagnie, très riche, avait accueilli dans sa direction des hommes tels que Casimir Périer puis plus tard Adolphe Thiers". Jean Casimir-Périer et Adolphe Thiers ont été ses dirigeants. Autre symbole notable, Gaston d'Audiffret-Pasquier, membre du conseil d’administration des mines d’Anzin, est un des chefs orléanistes (président de l'assemblé nationale puis du Sénat). Une fois président du conseil, au moment de la Commune de Paris, Thiers a d'ailleurs ordonné à la Marine nationale de se fournir auprès d'elle. Zola décrit dans Germinal la hausse de l'action en Bourse.
Côté ouvrier aussi, Anzin est un symbole. Parmi les mouvements sociaux,notons celui de mai 1833, au cours duquel des grèvistes ont été condamnés pour "coalition".
Émile Zola choisit de la visiter pour y situer l'action de son roman Germinal. Il y arrive au moment de la grève des 12.000 mineurs de la compagnie. Cette grande grève dura 56 jours et révéla la personnalité d'Emile Basly, qui deviendra secrétaire général du syndicat des mineurs du Nord, président du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, député et maire de Lens et sera le modèle du personnage de Lantier dans Germinal.
La Compagnie d'Anzin a innové dans plusieurs domaines, par exemple l'introduction des premiers chemins de fer dans le Nord dès 1834 (par comparaison, le 1ère ligne française date de 1827 et la seconde de 1832, toutes deux dans la Loire) et l'ouverture de la première gare du Nord à Saint-Waast. Il semble que le chemin de fer ait fourni un avantage compétitif sur ses concurrents :"La force de la Compagnie d’Anzin réside dans le fait qu’elle comprend tout de suite l’intérêt qu’elle peut retirer de la nouvelle invention de la machine à vapeur", estime un historien.

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