Les grandes dates de l’histoire ne sont pas toujours, hélas, marquées
d’événements heureux. Dans la mémoire des mineurs du Nord-Pas-de-Calais,
ce 21 décembre 1990 inspirera à jamais un sentiment de tristesse et de
nostalgie. Ce jour-là, en effet, les dernières gaillettes étaient extraites
du bassin. La grande aventure commencée 270 ans plus tôt prenait fin.
Les mines du nord de la France, qui, à la Libération, allaient être
regroupées dans une entité unique, les Houillères du Nord-Pas-de-Calais,
avaient été en tête des évolutions techniques et de la production.
Les mineurs de la région avaient été aussi à l’avant-garde des luttes sociales.
Ce bassin immense, étendu sur une centaine de kilomètres de Valenciennes à Béthune,
était le plus riche de France, fournissant, un siècle durant, et jusqu’aux années 1950,
les deux tiers de la production française.
Pour le profane, penser au charbon c’était
aussitôt évoquer le Nord, le plat pays où les terrils remplaçaient les montagnes,
où l’alignement monotone des corons était le symbole de la révolution industrielle.
Courrières
: Postée le 03/03/2010 à 12h54
Le 10 mars 1906 se produit une dramatique explosion dans une mine de charbon située sous trois communes proches de Courrières (Pas-de-Calais) : Méricourt, Billy Montigny et Sallaumines.
Une catastrophe d'une ampleur sans précédent
C'est l'une des plus grandes catastrophes minières de tous les temps avec officiellement 1099 victimes. D'aucuns estiment plus vraisemblable le chiffre de 1200 mineurs restés ensevelis dans les galeries sur un total de 1800 qui étaient descendus ce matin-là.
Le point de départ de cette tragédie est l'explosion d'une nappe de grisou (gaz) dans le chantier Lecoeuvre. La présence de ce gaz avait été suspectée quelques jours plus tôt par des mineurs de fond mais la compagnie n'avait pas tenu compte de leurs avertissements...
Le coup de grisou ayant soulevé la poussière de charbon, celle-ci, beaucoup plus explosive que le grisou, s'est vite mise en auto-combustion et la flamme a parcouru 110 km de galeries en moins de 2 minutes ! C'est ce qu'on appelle un "coup de poussière".
La catastrophe est immédiatement médiatisée, les journalistes et photographes arrivant sur place en même tempsque les équipes de secours. L'émotion dépasse les frontières. Des équipes de sauveteurs arrivent avec des matériels sophistiqués du Borinage belge et même de la Ruhr allemande (cela quelques années à peine avant la Grande Guerre...).
Les opérations de sauvetage se soldent elles-mêmes par 16 morts, surtout dans les premières heures, lorsque des mineurs s'enfoncent sans attendre dans la mine, à la recherche de leurs proches.
De la catastrophe à la révolte
La compagnie minière hâte les opérations de secours pour relancer au plus vite l'exploitation. Indignées, les 50.000 "gueules noires" du bassin minier multiplient les appels à la grève. Leur colère déborde lorsque, le 30 mars, 13 rescapés remontent de la mine, apportant la preuve qu'il serait encore possible de sauver des vies. Un 14e et dernier mineur est sauvé le 4 avril. La multiplication des débrayages met en péril l'approvisionnement du pays en charbon, combustible principal de l'époque.
Le tout nouveau ministre de l'Intérieur Georges Clémenceau, dont l'énergie est à la mesure de ses convictions républicaines et sociales, se rend à Lens et, courageusement, tente de raisonner les mineurs. Faute d'y arriver, il fait donner sans ménagement la cavalerie et l'armée. Jusqu'à 20.000 hommes. Les affrontements font une victime en la personne d'un officier tué d'un coup de pierre.
Jean-Paul Victor