LA GREVE DE 1948 DU 4 OCTOBRE AU 29 NOVEMBRE



En quelques jours, la France s'était embrasée. Des dockers de Marseille aux sidérurgistes lorrains ou aux pêcheurs bretons, toute la classe ouvrière s'était soulevée face à un gouvernement qui avait beaucoup demandé pour l'effort de reconstruction d'après-guerre, mais refusait de donner en échange.
Dans les houillères du Nord-Pas-de-Calais, les mineurs s'étaient particulièrement investis dans cet effort de reconstruction, comme leur avait demandé Maurice Thorez, ancien mineur devenu ministre.
La répression sera violente (le gouvernement et la presse de l'époque parlaient de grève insurrectionnelle). Jules Moch, ministre socialiste de l'Intérieur, envoie les CRS et les blindés pour casser les piquets de grève. Il y a des milliers de blessés, des dizaines de morts, plusieurs centaines de mineurs seront emprisonnés et surtout, trois mille d'entre eux sont licenciés.
Témoignage d'un mineur licencié :
Ils sont venus à la maison, on a eu deux jours pour déguerpir, avec femme et enfants. Mon épouse était enceinte. C'était une répression sauvage, injuste. Le droit de grève était inscrit dans la Constitution. Les mineurs licenciés ont donc perdu leur travail, le logement qui allait avec, le chauffage. Et puis, quand on retrouvait un travail, quelqu'un des houillères passait voir le patron et on était de nouveau licencié. Il y a pire, nous étions considérés comme de mauvais mineurs et ne pas être dignes des Houillères. A l'époque, dans les mines, c'était la honte !

Les bannis des houillères demandent réparation, soixante ans après; un procès est en cours.

Extrait La voix du nord janvier 2008



Les anciens mineurs des Houillères du Nord-Pas-de-Calais, qui demandaient réparation pour leurs licenciements à la suite de grèves durement réprimées en 1948 et 1952, ont été déboutés vendredi par les prud'hommes de Nanterre, leur action étant jugée "prescrite". Dans cette affaire atypique, les anciens mineurs demandaient à la justice de reconnaître le caractère discriminatoire des sanctions, car à l'époque le droit de grève était déjà inscrit dans la constitution.
Mais soixante ans après les faits, et malgré une intervention de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) en leur faveur, le conseil des prud'hommes de Nanterre s'en est tenu à une application stricte de la loi et a débouté les 17 demandeurs, dont certains, décédés, étaient représentés par leur famille.
Chaque requérant réclamait 60.000 euros de dommages et intérêts aux Charbonnages de France, l'ancien employeur, et à l'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs (ANGDM), l'établissement public créé en 2004 pour prendre en charge leurs droits sociaux.
L'affaire remonte à l'automne 1948, lorsqu'une grève, lancée par la CGT pour protester contre la perte de plusieurs avantages, va, pendant deux mois, faire l'objet d'une répression massive, l e gouvernement d'Henri Queuille y voyant un mouvement insurrectionnel dans le climat tendu de la guerre froide.
Au-delà des interventions de l'armée et des CRS, autorisés à tirer sur les grévistes, quelque 3.000 licenciements sont prononcés. Conséquence immédiate pour les ouvriers: la privation de l eurs indemnités de logement et de chauffage prévues par leur statut. Les mineurs et leurs familles, dont certains furent mis à la porte après un autre mouvement, en 1952, ont dû attendre 1981 pour qu'une loi d'amnistie couvre les faits.
Par la suite, la loi de finances de 2005 a bien prévu une indemnisation pour les prestations de chauffage et de logement, mais pas pour les salaires non versés à la suite des licenciements. Les anciens grévistes se tournent alors vers la Halde, mais celle-ci échoue à trouver un terrain d'entente avec les Charbonnages de France. Lors des audiences aux prud'hommes, l'avocat de la Halde, Me Stéphane Levildier, avait jugé la discrimination "à l'évidence incontestable", car "aucun fait autre que les faits de grève ne (pouvaient) être reprochés" aux mineurs.
Dans son jugement, le conseil des prud'hommes a invité "les parties à poursuivre et reprendre leur démarche tendant à une médiation et une solution apaisée".
"Ils se bagarrent depuis 1948, donc au final on peut dire que c'est une étape dans un processus de bagarre", a réagi après la lecture du jugement l'une des avocates des demandeurs, Me Savine Bernard.
Pour nous, le jugement reconnaît qu'il y a eu une discrimination mais que c'est prescrit et que juridiquement les anciens mineurs ne pouvaient pas agir, a-t-elle ajouté.

Copyright * Tous droits réservés * Le Concepteur du site: Jean Nivoit : 06 81 39 81 87 @